Contraction du domaine de la lutte

Je pleure le vingtième siècle. Non pas que je le regrette mais il me semble que tout le monde autour de moi l’oublie, faute d’y avoir vécu (ou trop brièvement en tout cas).

Le XXe siècle est totalement banni – j’ai cette impression –, pour toute une génération de jeunes qui sont nés avec le numérique. Pour eux, le monde commence maintenant.

C’est Enki Bilal qui dit cela dans un entretien au Monde à l’occasion de la sortie de sa dernière bande dessinée, Bug (que j’ai commencée et que je trouve vraiment chouette). Il se trouve que j’ai dit ça aussi, presque mot pour mot et à plusieurs reprises, dans différentes conversations durant ces derniers mois. Et je me suis rendu compte que si nous sommes bien plus que deux à avoir cette impression, ce n’est pas vraiment le cas dans ma génération. Personne autour de moi ne s’en fait l’écho quand j’en parle. Mes parents, oui. Certains auteurs, oui. Des experts à la télé, oui. Mes potes ? Pas vraiment.

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Game Over

Nouvelle semaine, nouvelle variation stylistique. Je m’aventure sur la critique de film, avec une constatation : quand on écrit un personnage comme dans un jeu vidéo, ça donne très souvent un mauvais héros de cinéma.

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L’imparfait de l’injonctif

Quinze jours, c’est à la fois énorme et rien du tout ; à peine le temps de s’asseoir sur un caillou et de réfléchir. J’espère que les gens arriveront à se poser pour cogiter durant cet entre-deux-tours infernal, mais si j’en juge par la quantité de personnes qui se comportent comme des poulets sans têtes depuis dimanche dernier, c’est mal parti. Après le service obligatoire la semaine dernière, j’ai fait une poussée d’urticaire en lisant les contorsions cervicales des futurs abstentionnistes de deuxième tour cherchant à expliquer leur position. Pierre-Emmanuel Barré leur a pourtant donné l’exemple dans sa chronique censurée : je ne veux pas voter pour untel parce que je ne suis pas d’accord avec son programme, point. C’est succinct (et dans le cas de Barré, habillé de manière brutale et drôle) et ça suffirait amplement à expliquer une abstention ou un vote blanc. Hélas, il y a des gens qui ne peuvent pas se contenter de faire simple et qui redoublent d’arguments foireux pour essayer de justifier leur décision de manière logique, stratégique ou philosophique. Ça ne marche pas du tout, ça m’énerve prodigieusement et je me suis fait les dents sur un petit florilège de phrases piochées ça et dans Le Monde.

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À la recherche des cannoli

Le Parrain est un film remarquable pour plusieurs raisons. C’est un film monstre qui voit rouge et broie du noir. Les personnages nous marquent ; après quelques visionnages, lorsque Robert Duvall entre en scène, le spectateur se dit « Tiens, voilà Tom Hagen. » Et d’un générique à l’autre, le mariage entre l’image et la musique frôle la perfection. Il y a une … Continuer la lecture À la recherche des cannoli

The Gown

Ce soir j’ai rejoint une secte. Pas les adorateurs du saint patron du sauciflard ou l’association de défense des victimes du syndrome de Gilles de la Rillette, non. Non, ce soir, j’ai rejoint officiellement le Hall de St Anselm. Slems. Parés de ce superbe ensemble de la collection automne-hiver JK Rowling, 125 étudiants mâles pénètrent … Continuer la lecture The Gown