Passage en vitesse-lumière

Je pose un regard neuf sur le monde. Ce n’est pas de sa faute ; je me suis fait opérer des yeux.

J’aime bien cette blague et je sais que je vais la ressortir au fil des ans, petite fierté d’humoriste amateur qui sait qu’il en tient une bonne malgré l’absence de réaction du public. Évidemment je vais la décliner (« Je pose un regard neuf sur le Président… » « Je pose un regard neuf sur les marrons »). Vous aurez noté le champ lexical de la dinde, après tout c’est bientôt Noël. Mais ce n’est pas qu’une blague : le changement me travaille, plus mentalement que visuellement. Et la blague, une fois écrite, appelle à la réflexion.

Pendant que je récupérais, dans le noir et avec les yeux comme des pamplemousses, je me suis dit que j’avais bien de la chance (j’ai un grand-père qui n’y voit plus grand-chose) et qu’il faudrait que je fasse quelque chose de constructif avec ce regard tout neuf.

Ça commence doucement, et c’est évidemment lié à la lecture.

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Épisode VII : Le Réveil de l’Écriveur

Où après avoir longtemps endossé la vocation d’instrument, l’auteur assume soudain d’être une machine à écrire.

Il faut que j’écrive. Je déborde de mots, il faut repiquer tout ça quelque part, laisser les idées pousser par elles-mêmes ; plus assez de place dans ma tête. La parole, même interne, ne me suffit plus. Elle est débordée par des pluies continues, lectures qui se multiplient et qui ne cessent pas. Car je n’arrive pas à m’arrêter de lire, et tout ça remplit un réservoir qui grince, se distend, craque… déborde ! Tout ça ressort, il faut que j’écrive. Oui, mais quoi ? Et comment ?

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Bruits de bottes

Les arguments en faveur du rétablissement de la conscription m’ont causé un claquage de synapse lorsque j’ai essayé d’en débattre récemment. Depuis, j’ai lu les programmes dans le détail et épluché un paquet d’articles et d’interviews, bref, j’ai remué une mélasse peu ragoûtante qui a fini par alimenter un golem carrément affreux. Il me donne la réplique dans cet article, sympathique cataplasme pseudo-interactif que j’ai imaginé intervenir dans ma réflexion – en fait c’est plutôt que je lui permets de dire deux mots pour mieux l’arroser d’insultes juste derrière. Ça ne cible personne : je vous aime tous. Et rappelez-vous que ce blog (au demeurant très peu lu) a pour seul objectif de faire rire deux personnes, moi quand je l’écris et ma mère quand elle le lit le lendemain.

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L’imparfait de l’injonctif

Quinze jours, c’est à la fois énorme et rien du tout ; à peine le temps de s’asseoir sur un caillou et de réfléchir. J’espère que les gens arriveront à se poser pour cogiter durant cet entre-deux-tours infernal, mais si j’en juge par la quantité de personnes qui se comportent comme des poulets sans têtes depuis dimanche dernier, c’est mal parti. Après le service obligatoire la semaine dernière, j’ai fait une poussée d’urticaire en lisant les contorsions cervicales des futurs abstentionnistes de deuxième tour cherchant à expliquer leur position. Pierre-Emmanuel Barré leur a pourtant donné l’exemple dans sa chronique censurée : je ne veux pas voter pour untel parce que je ne suis pas d’accord avec son programme, point. C’est succinct (et dans le cas de Barré, habillé de manière brutale et drôle) et ça suffirait amplement à expliquer une abstention ou un vote blanc. Hélas, il y a des gens qui ne peuvent pas se contenter de faire simple et qui redoublent d’arguments foireux pour essayer de justifier leur décision de manière logique, stratégique ou philosophique. Ça ne marche pas du tout, ça m’énerve prodigieusement et je me suis fait les dents sur un petit florilège de phrases piochées ça et dans Le Monde.

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Typoème

J’ai mis des capitales aux accents dramatiques, Des guillemets pointus, serre-mots chevronnés, Une brassée de signes pour marquer la rythmique Et de beaux caractères aux jambes élancées. J’ai aligné les glyphes, astérisques et cédilles, Soigné les ligatures, les pleins et les déliés, J’ai défait et refait à mes risques et périls, Poussé, poli, rangé, fourbi, … Continuer la lecture Typoème

Divulgâchis d’antépisode

Je me souviens de la première fois que j’ai entendu parler de la loi Toubon. Elle constituait la chute pas bien haute d’une blague un peu molle, de celles qu’on entend parfois dans un bureau quelconque à l’heure où le rond de cuir, gestionnaire inquiet, tente d’asseoir sa maîtrise de l’organisation du travail par la stimulation des zygomatiques de ses subordonnés. Le résultat peut prendre des formes variées, du bref mais caractéristique soupir nasal en réponse à une image amusante vue sur le net, jusqu’à la franche fission de poire sur son plat de côtes tenues que seuls les pires calembours savent déclencher (je ne sais pas pourquoi mais le totalement absurde « — Qu’est-ce qui est transparent et qui court dans la forêt ? — Un troupeau de vitres. » m’a toujours plié en deux).

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Micro-trotteur

D’article en article, je remonte à la source de l’écriture pour en démêler l’écheveau dont les racines s’étendent jusqu’au faîte de ses fondations solidement ancrées dans les nuages immatériels de la pensée, comme dirait Raffarin. Oui, vous avez compris, que ce soit au niveau thématique ou en matière de références littéraires, c’est la suite de l’article précédent. En fait, non : c’est l’origin story de l’article précédent, qui lui-même était le prequel de « Réécrire le monde », ou bien si on respecte la loi Toubon, c’est le récit des origines de l’antépisode de l’article susdit.

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Archéographie

À force d’étudier la typographie, j’ai eu mon premier cas de typomanie : j’ai fait une pause dans la lecture d’un livre pour prendre le texte en photo et identifier la police de caractères. C’était Pour seul cortège de Laurent Gaudé, chez Actes Sud, composé de façon simple, classique mais élégante. J’ai écrit cette année un article sur la sémiologie des lettres d’imprimerie, pour la préparation duquel j’ai lu de nombreuses descriptions fleuries de ces petits signes fins ou empâtés, dénudés ou à empattements, classiques assoupis et modernes bruyants. J’ai appris que certains invitent à la contemplation extérieure, tandis que d’autres vous aspirent dans le bruissement du texte. J’ai constaté leur pouvoir d’attraction, leur qualité variable, leur histoire riche en rebondissements graphiques. Et donc inévitablement est arrivé le moment où, absorbé dans la lecture d’un bouquin, j’en suis sorti d’un coup par cette réflexion toute bête : « Qu’est-ce qu’il est beau ce titre… »

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En mémoire

Pourquoi et pour qui écrit-on ? J’ai plaisanté une fois en disant que ce blog n’était là que pour faire rire ma mère, et c’est en partie vrai. Bon, j’écris pour faire rire et réfléchir n’importe quel lecteur, mais je n’ai pas pour autant défini d’objectif en termes de satisfaction humoristique ou de stimulation intellectuelle. À vrai dire, l’enjeu n’est pas là ; la véritable raison pour laquelle j’écris, c’est pour me relire des années plus tard. Je m’inscris, comme un autoportrait de mots qui ne dit pas son nom.

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On ne peut pas lire de tout

Vous souvenez-vous du mot merdias ? Non ? Auriez-vous déjà oublié ce charmant petit néologisme se substituant à médias, fleurissant au printemps la campagne électorale de ses doux accents réactionnaires ? Allez, les journalopes au service des merdias, vous n’avez pas pu oublier… En tout cas, moi je n’ai pas oublié. En partie parce que j’adore les néologismes – un jour, j’en ferai un florilège sur ce blog –, mais aussi parce que j’ai lu coup sur coup trois infos qui m’ont donné une furieuse envie de m’époumoner sur la merdiatisation du paysage informationnel français, ce qui aurait fait mauvais genre en plein trajet de métro, j’en conviens, d’où ce billet rédigé avec empressement et mauvaise humeur, dont je déconseille fortement la lecture aux éventuels propriétaires de journaux ou de chaînes de télé qui passeraient dans le coin, sous peine de subir quelques remontées acides.

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Changement d’adresse

Attention, c’est désormais à l’adresse arthurperret.fr que vous pourrez retrouver mon blog. Si vous ouvrez les nouveaux articles via l’email qui vous prévient de leur parution, vous ne vous en serez pas aperçus. En revanche si vous avez mis le blog en favori, pensez à changer le lien, car le domaine arthurperret.com n’est plus lié au blog. Pourquoi ce changement ? Tout simplement parce que c’est la première année que la personne qui possédait le domaine en .fr ne le renouvelle pas, ce qui m’a permis d’enfin l’acquérir ! Je fêterai ça lorsque j’aurai un peu de temps pour écrire autre chose que mon mémoire.

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Qui m’aime m’écrive

Second changement d’adresse, le vrai cette fois-ci. Diplômé récidiviste, je quitte enfin Lyon (la Lyonnaise des eaux) pour travailler à Bordeaux (la Bordelaise des vins). Trois ans de thèse financée, écriture, édition et épistémologie ! Il faut célébrer ça, c’est donc l’occasion d’un vrai grand article humoristicolérique comme je les aime bien. Je n’ai pas écrit depuis un bon moment car, voyez-vous, j’étais plongé dans un véritable dilemme métaphysique sur la valeur de l’écriture. Enfin, disons plutôt que je récupérais suite à la rédaction de mon mémoire (désormais en ligne). Mais c’est bien de cela que l’on va parler aujourd’hui : ce que je pense de la valeur de l’écriture, en mettant au passage les discours en actes. En effet, écrire ces modestes billets me prend au moins cinq ou six heures à chaque fois, pour d’obscures raisons d’auto-congratulation perfectionniste. Or, le temps c’est de l’argent. Alors je profite de ce texte pour traiter d’un seul coup les questions du destin, de la raison d’être et du sens de la vie, avec moult tournures désuètes et un brin de provocation, histoire de rester léger. Vous l’avez compris, on va faire d’une pierre tant de coups que Tariq Ramadan risque de passer une tête hors de son bunker pour demander un moratoire sur la lapidation – profitez-en pour liquider ce cageot de tomates pas très fraîches qui se morfondent au fond de votre frigo et qui rêvent de servir de décorations d’Halloween tardives pour satrape hypocrite patenté et pas tentant.

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Moteur à rédaction

Nouvelle vie, nouvelle ville, nouveau cycle d’écriture. Je l’inaugure par un texte écrit dans des circonstances inédites : une prise de notes devenue réflexion, réaction devenue rédaction, publiée le jour même. Et en y réfléchissant pendant la relecture, un concept marrant a pris forme, ce qui me pousse à créer une catégorie à part entière sur ce blog avec une petite explication. Je vous présente :

LE RÉ(D)ACTEUR

La thèse est une fusée aux multiples étages. Pour qu’elle décolle, il faut un réacteur. Attention, pas n’importe quel réacteur : un moteur à rédaction. Vous l’avez ?

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