Catharsis pédagogique

Ré(d)action #2 : réminiscences postestudiantines et résolutions antéprofessorales.

D’ici quelques mois, je vais commencer à donner des cours. Une heure par-ci, par-là, histoire de me faire doucement au changement de public – j’étais plutôt habitué aux 8-12 ans jusqu’ici. Je ronge mon frein, parce que j’ai vécu une mise en situation passionnante récemment pendant mon stage recherche et que j’ai hâte de poursuivre avec d’autres têtes, d’autres concepts, d’autres surprises. Alors en attendant, je me fais les dents sur un cours en ligne consacré à l’enseignement à destination d’étudiants. Aujourd’hui, j’ai passé plusieurs heures à bosser sur la pédagogie active et la motivation. Alors il s’est produit une chose à laquelle je ne m’attendais pas mais qui rétrospectivement était inévitable.

J’ai une expérience de la fac que je pense être assez commune : mi-figue, mi-raisin et re-mi-figue derrière. À savoir des années de tâtonnements et de coups d’accélérateur en alternance : des cours soporifiques suivis de travaux pratiques géniaux (ou l’inverse), des étudiants paumés et d’autres qui ont vu la lumière, des profs qui vous plombent et d’autres qui vous encouragent. Des hauts, des bas, un fil rouge qui se laisse peu à peu entrevoir dans le patchwork de molécules, de dissertations et de lignes de code que représente mon éducation dite supérieure. La mayonnaise qui finit par prendre, l’envie de faire bien puis mieux. Et à l’arrivée, un sentiment complexe face à une réussite qui tient à la fois de l’évidence et du miracle.

Cette expérience-là est en train de ressortir par tous les pores de ma peau d’aspirant prof : au fil des étapes du cours en ligne sur lequel je bosse, je mets progressivement des mots sur les mécanismes visibles et invisibles qui ont soutenu ma progression, comme une rétro-conception de mes succès et de mes échecs. Il y a une satisfaction indicible à aligner des moments isolés avec un corpus de concepts et de témoignages qui leur donne d’un coup une signification plus importante. C’est comme retirer le film protecteur d’une belle surface lisse toute neuve, sauf qu’en-dessous ce n’est pas une télé haute définition mais ce cours de licence qui vous était passé complètement au-dessus ou bien ce prof de master avec qui le déclic pédagogique s’est produit instantanément. Il s’agit de trouver du sens à un cheminement à la logique parfois incertaine. Remettre un peu de plomb dans ses semelles de vent.

Attention, je ne dis pas que cela éclaire tout : j’ai vécu certaines aberrations de l’enseignement que je ne comprendrai jamais, ainsi que des alchimies si subtiles que le succès qui en résulte est difficile à analyser. Des paradoxes improbables, inexplicables. Bourgeons de savoir qui font une tache claire sur l’écorce grise de branches recroquevillées par le gel. Abysses d’insondable ennui nichés dans des lacs aux eaux étincelantes. Il y a des situations que la théorie n’éclaire pas, comme des replis d’espace-temps qui échappent à la physique de Newton.

Mais dans l’ensemble, ce que je suis en train d’apprendre sur la façon d’organiser un cours et de motiver des étudiants me permet de comprendre d’où viennent mes bons souvenirs de la fac mais aussi de purger des années de petits traumatismes éducatifs. Cette connaissance me donne un recul, une précieuse marge de manœuvre vis-à-vis de mon vécu. Elle me permet de réévaluer certains échecs et de capitaliser sur ce qui a fonctionné, des pires notes de partiel aux félicitations du jury. De prendre appui sur les profs et étudiants qui ont compté. Les rigoureux. Les intuitifs. Les généreux. Et mettre à distance ceux qui avaient oublié le sens de ce qu’ils faisaient. Les je-m’en-foutistes. Les agressifs. Les égoïstes.

Aux premiers, il conviendra de faire honneur. Les seconds, il faudra tâcher de s’en désencroûter les semelles. Car n’oublions jamais que nous nous appuyons sur les épaules de géants mais aussi sur le derrière d’un bon paquet de crétins.


(Pour les curieux, le cours qui me fait réagir s’intitule Se former pour enseigner dans le supérieur (lien) Pas fan de MOOC à la base, j’en apprécie les vertus quand c’est bien fait.)

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