Alignement désastreux des astres

La demeure de mon esprit s’écroule par la force d’une constellation d’inquiétudes. Un cauchemar me traque, une mauvaise nouvelle me travaille, un voyage s’éternise dans ma tête, un miroir me suit et un livre m’échappe. C’est l’angoisse.

Quand on s’est habitué à sentir arriver chaque soir le sommeil comme une onde prévisible, rassurante, quand on compte autant sur lui pour remettre les choses en place et noyer le désordre des pensées du soir, le fait qu’il se dérobe n’est pas une simple source de malaise : c’est une circonstance exceptionnelle, qui génère des comportements forcément inhabituels. Ça ne m’arrive que très rarement, car il faut une conjonction particulièrement malvenue d’incertitudes pour m’empêcher de dormir, mais quand ça arrive, j’entre et je sors de mon lit, je cherche de l’air, de l’eau, de quoi occuper mes mains, je fais, j’arrête, j’attends, je passe, je ressens trop et me sens hors de moi. Il y a une limite quelque part qui a été franchie – en général un nombre d’items dans la liste des frustrations ordinaires, des doutes quotidiens, des idées noires et des mauvaises surprises. Ça me pousse à écrire à trois heures du matin passées, moi qui ne connais presque jamais minuit. Bien sûr, ça ne marche pas, car rien ne marche. Il faut se traîner en attendant l’épuisement de tous les sens, un sommeil usé et un réveil douloureux. Rien ne sert d’écrire, il faut souffrir à point. Rien ne sert d’écrire, car il y en a trop d’un coup : le mauvais rêve qui colle au cœur comme une honte secrète ; l’obstacle inattendu qui douche les espoirs de réussite ; le périple qui est fini pour le corps, mais qui continue dans la tête et se mue en errance ; le récit qui ne se laisse pas oublier et celui dans lequel on n’arrive pas à entrer. C’est l’accumulation de toutes ces choses en un temps trop bref, trop dur et dense, que le sommeil n’arrive pas à infiltrer. C’est l’angst et la mélancolie.

Heureusement, ça finit par passer – pour moi en tout cas. Il faut alors tout reprendre de zéro, remettre une fois de plus sur le métier le lent ouvrage de la confiance et de l’optimisme, périodiquement défait par un alignement des astres désastreux (et réciproquement). Remonter les murs dans le sillage de la comète. Et retourner dormir.

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