À la recherche des cannoli

Le Parrain est un film remarquable pour plusieurs raisons. C’est un film monstre qui voit rouge et broie du noir. Les personnages nous marquent ; après quelques visionnages, lorsque Robert Duvall entre en scène, le spectateur se dit « Tiens, voilà Tom Hagen. » Et d’un générique à l’autre, le mariage entre l’image et la musique frôle la perfection.

Il y a une autre raison, pour les gastronomes en ail et fines herbes comme moi. La cuisine italienne et sicilienne s’illustre à quelques reprises, notamment lorsque Clemenza explique au jeune Michael comment calmer une bande de Siciliens à la gâchette facile obligés de se terrer dans un minuscule appartement de Little Italy. Son arme secrète, des pâtes bien sûr. Coppola explique dans le commentaire du film qu’il a inclus la scène pour que les éventuels spectateurs mécontents aient au moins appris une recette de cuisine !

Mais surtout, il y a cette scène où Clemenza et Rocco doivent exécuter le traître Paulie sans oublier de ramener des cannoli. Lorsque le sale boulot est fait et alors que Rocco se demande que faire du pistolet, Clemenza lui répond laconiquement « Laisse le flingue, prends les cannoli. » Cette phrase me revient chaque fois que je repense au Parrain, car elle correspond à ce que je me rappelle le mieux du film, c’est-à-dire moins les fusillades et les exécutions spectaculaires que les cannoli et la sauce à spaghetti. Car si la violence des meurtres est indéniable, ce qui m’a marqué c’est l’esprit sicilien : les regrets, la fierté, le sang et le soleil. Ce sont les liens familiaux, les idéaux, l’entêtement. Et la cuisine !

Ce soir j’ai acheté des cannoli pour la première fois, chez un excellent sicilien à Lyon que je ne nommerai pas, pour ne pas faire de publicité à l’épicerie Gattopardo… Je les ai transportés religieusement dans le métro en les protégeant des sacs à mains menaçants et des lycéens zombies sour leurs Beats démesurés. J’en ai mangé un sitôt rentré et ce fut une expérience divine. Je ne m’étendrai pas sur les qualités du cannolo lui-même, sa pâte à la frontière du fondant et du craquant, son fourrage frais et sucré, la pincée de sucre glace qui lui faisait comme un petit napperon blanc. Non, je veux dire la révélation qui m’a été faite : auparavant et pendant des mois, j’ai recherché tout ce que je pouvais sur les cannoli, lu les recettes, dévoré les descriptions, regardé de vieux italiens en frire par douzaines sur YouTube, appris par cœur les variétés de fromage utilisées dans le fourrage. Et pourtant, j’ai eu beau apprendre presque par cœur le goût avant même de le connaître, eh bien ce fut une surprise délicieuse, un parfum nouveau, une texture unique, comme si les cannoli avaient fait un pied-de-nez à l’obsession que j’avais d’eux, en explosant sous mon palais ravi. J’ai eu la sensation fugitive de comprendre une vieille énigme, faite de soleil et de patience.

Bref, je suis heureux. Certains pré-quinquagénaires courent après les montres par peur de rater leur vie. Moi ? J’ai des désirs plus simples et je me contenterai d’avoir pu goûter des cannoli avant de caner au lit… (ah, je sais elle marche mieux avec cannelloni mais baste !)

Prochainement : week-end d’intégration à Gênes ! Photos, recettes de cuisine, récit de voyage etc.

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