Res Publica #2

vexilxxivcloserSi Copé avait été romain, il serait mort à l’heure qu’il est. Fillon, Juppé et Raffarin, réunis en un triumvirat revanchard de vieux fonctionnaires remis au placard par la jeune garde (prétorienne), se tiendraient au-dessus de son cadavre, les gladius rouges du mauvais sang qu’il s’est fait pendant les derniers jours de son règne. De sa régence devrait-on dire. Car l’empereur, déposé par le peuple, se tient dans l’ombre ; il veut croire que son règne reprendra vite.

Ah, que j’aimerais que l’on achève la métamorphose et que l’on revienne à la politique romaine de droit divin et de coups de poignard… Car notre régime présidentiel quasiment qualifié de royaliste est finalement bien romain, ce régime dit républicain où le népotisme récompense l’ambition et l’arrivisme, où les intrigants poussent en avant des prête-noms et des responsables fantoches, où les puissants ont la promesse creuse et les mains vides ! Un régime qui a hérité de la même violence, du même cynisme que la politique romaine, l’assassinat en moins. La chute de Copé, il n’y manque que le coup d’épée ; tous les autres ingrédients sont là. Le favoritisme de circonstance accordé par l’empereur, la prise d’un pouvoir à la légitimité contestée, le sentiment d’impunité qui nourrit toutes les bassesses, du miel pour les amis, du fiel pour les ennemis ; la peur de perdre le pouvoir et l’inconscience, le risque fou, les mensonges ; l’impopularité, le renoncement ; la mort politique.

Il n’y manque que le coup d’épée ; si un Romain pouvait donner son avis, je crois même qu’il le recommanderait. Le déshonneur, les quolibets, la rétribution portée par les juges… Le dégoût feint par des médias sensationnalistes, autant attirés par une étoile montante que par un homme déchu, genou à terre… La fourberie de tous ceux qui se ruent le plus loin possible de celui qui les a consacrés… Les Romains avaient l’obligeance d’abréger ce calvaire et d’achever la mort politique par la mort définitive ; la bannière SPQR, rougie du sang de tous ceux qui s’en sont vidé sur les marches du palais, symbole assumé d’une violence barbare mais totale. Un cycle. Du premier sesterce volé à l’Empire jusqu’au dernier coup de dague, la corruption à Rome avait sa naissance et sa mort, aussi hideuse l’une que l’autre. Certes, la justice romaine était expéditive. Mais de nos jours, la mort politique dure une vie ; la mort physique vient bien après, et contrairement à celle du conspirateur romain, elle vient souvent avant que justice ne soit rendue.

(c) Glasgow Museums; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Julius Copé – Act. IV – La revanche de Fillonus

Attention : afin de ne pas affoler les éventuels copéistes en fuite (et aussi de rassurer ma pauvre mère à l’issue de cette note de blog toute de rouge vêtue – bonjour Maman), je tiens à préciser que cet article ne constitue en aucun cas un appel à la violence ! N’allez pas planter un glaive dans le dos de Copé pour raconter après que vous avez lu ici que c’était une bonne idée… Chaque époque voit le concept de civilisation se raffiner un peu plus ; les Romains ont pavé nos routes et nous avons aboli la peine de mort. On peut considérer les deux époques comme civilisées, et de mon point de vue on doit se réjouir des progrès de chacune. Y compris évidemment le passage où on a décidé de ne plus égorger les traîtres mais de simplement les traîner dans les ordures sous les rires de la foule !

Je dédie cette note de blog à tous les préfets du prétoire de l’Empire Romain, qui ont essentiellement joué le rôle de précurseurs de Copé à travers les cinq siècles d’hégémonie latine en Méditerranée. La différence c’est que, eux, quand ils ont foiré leur coup, couic.

Merci à Alexandre Astier pour le Livre VI de Kaamelott et les péripéties romaines du futur roi Arthur, qui m’ont donné envie de revoir Spartacus, après quoi je me suis dit qu’il valait mieux que j’écrive mon billet sur Copé avant, de peur que la contagieuse et sanguinolente frénésie de cette orgie télévisuelle ne me fasse dire des choses bien plus horribles.

Citations latines © Loth d'Orcanie
Citations latines © Loth d’Orcanie

Quoi ? Comment ça des examens ? Ah mais oui, mais non, mais là c’est juste que j’en ai fait trois de suite et que- … Comment ? Non mais le dernier s’est étonnamment très bien passé alors je me suis accordé une petite pau- Oh, juste un autre épisode, soyez pas chien !

Bon très bien, je retourne réviser pour le sixième exam. Et le dernier ! Aut vincere, aut mori

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2 réflexions sur “Res Publica #2”

  1. Bon courage pour ton dernier exam et merci pour ce moment de rires !
    Je n’ai pas pu venir te voir cette année mais peut-être que toi l’an prochain tu pourras faire le voyage jusqu’en Espagne pour me rendre visite ?
    A très bientôt, bisous

  2. Quelle plume , mi fili! Quel flow!
    Ce moment de revigorante lecture m’a donné de l’énergie ( comme sans doute beaucoup de tes fidèles lecteurs.).
    Finir valeureusement ton Erasmus tu dois !
    M. (Mater)

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