Res Publica

La politique, s’en insurger, s’en détourner ou s’y plonger ? Après les infos liées aux sciences/technologies, ce sont les pages politiques que j’épuise presque tous les jours sur les sites d’information. Mais la scène politique est une scène permanente, une télé-réalité sans fin. Le débat d’idées qui m’attire sonne souvent faux au point de tuer mon enthousiasme ; après avoir écouté pour la énième fois le discours creux et les postures vides de sens de soi-disant rivaux qui s’invectivent sur les plateaux de télévision avant de trinquer ensemble à la santé du capitaine d’industrie qui les arrose le soir même, je ferme tout et je dis « Bon cette fois j’abandonne, ils me désespèrent tous ces cons ».

Le voisinage parfait...
Le voisinage parfait…

Jusqu’où peut-on se passionner à ce point pour une chose qu’on déteste autant ? Mon intérêt pour la politique est aussi grand que ma motivation à échapper à la société en général. Oui, encore hier, j’ai passé une heure à examiner les positions des différents partis politiques vis-à-vis de l’Europe, avant de confier à mon ami Roke qu’il me tardait d’aller pêcher la truite en Patagonie chilienne ou vivre avec des moutons à flanc de colline quelque part en Nouvelle-Zélande, « loin de tous ces cons ».

Pourtant, je me représente l’intérêt pour la politique comme une marque d’implication dans la société : c’est se préoccuper de la marche du pays, ses services publics, son devenir culturel, sa météo, sa santé financière et sociale. Que font ceux qui veulent passer de spectateur à acteur ? J’aime bien dire que ceux qui veulent changer la société vont dans l’associatif et les ONG, les autres font de la politique. Car ceux qui réussissent en politique sont ceux qui ne veulent que le pouvoir (et le garder, bien sûr). Ils vont dans le sens du vent, lequel souffle la plupart du temps discrètement de la bouche d’un lobby (tabac, téléphones, pétrole, religion ou fabricants de bilboquets, faites votre choix). La seule force contraire est celle exercée par la société civile, ponctuellement, quand quelqu’un au pouvoir pète un câble (comme lorsque Villepin a cru pouvoir pérenniser la précarité de l’emploi jeune en proposant le CPE).

Pourquoi ne pas choisir une cause et s’engager pleinement dans sa défense ? Greenpeace, La Quadrature du Net, Anticor, tous ont besoin de militants motivés. Puisque j’accorde si peu de valeur à l’action politique, pourquoi ne pas cesser de me plaindre les fesses au chaud dans mon fauteuil et me lever pour aller filer un coup de main à ceux qui partagent mes opinions ? Je suis persuadé que je ferais un très bon militant de l’internet ouvert, de la défense du patrimoine culinaire français ou de la création musicale indépendante. Alors pourquoi ? Parce que je peux faire tout ça avec un vote. L’arme la plus puissante qu’on ait fabriquée après l’information est le vote démocratique. C’est d’ailleurs pourquoi un travail de sape méthodique est effectué dans l’ombre par le 1% qui siège en haut de la pyramide pour dévitaliser au maximum ce vote et truquer le jeu avant que nous posions nos cartes. Le vote est redouté par nos politiciens ; Nicolas Sarkozy, élu dans un fauteuil en 2007, s’est fait jeter comme un malpropre au profit d’un type au départ bien moins populaire que lui après un seul mandat.

Mais pour que mon vote ait du sens, il me faut pouvoir l’attribuer à quelqu’un qui défende mes valeurs. Cette personne, ce groupe, ce parti n’existe pas. Je viens de faire un test politique sur Le Monde.fr, il en ressort que le parti politique qui me correspond le mieux est l’Union Démocratique Bretonne. Bretagne indépendante !! Ou puisque je serai encore au Royaume-Uni pendant les élections européennes : Pays de Galles indépendant !! C’est à désespérer. Les grands partis sont tout en bas de ma liste, la faute à des positions qu’ils tiennent parce que, ben… ils les ont toujours tenues ? La rigidité de leur discours, la vacuité de leurs promesses, le carriérisme de leurs représentants, tout me sidère chez eux et contribue à me situer complètement à l’ouest de la carte politique française (la Bretagne, l’Ouest, vous pigez ?).

Je suis en train de lire un livre passionnant intitulé « Contre les élections ». L’auteur analyse la fatigue démocratique des peuples européens et propose des pistes pour se débarrasser d’un système électoral qui vire au concours de popularité et qui prive citoyens comme politiciens de toute foi en l’action politique. La meilleure ? Le retour au tirage au sort, comme au bon vieux temps d’Athènes. Une idée pas si délirante que ça lorsqu’on prend le temps de réfléchir à ses arguments. Bon il y a toujours le risque d’élire Christine Boutin ministre de la famille sur un mauvais lancer de dés… Mais si l’alternative c’est Copé 2017 j’aime encore mieux tirer au sort !

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Désillusion démocratique : pas qu’en Europe… ©Zapiro

Dans un prochain article : commenter monter une bergerie en 3 mois ; la promo de mon livre « Politiciens pourris et autre raccourcis faciles » ; le teaser de mon prochain livre « Se plaindre pour les nuls » ; des photos de l’île de Man (c’était chouette).

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Une réflexion sur “Res Publica”

  1. Hello Arthur !
    Tes articles sont remarquables, cela faisait un moment que je n’avais été jeter un oeil sur ton blog.
    J’espère que tout va bien pour toi. Sois fier de ta mauvaise réputation : « Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience » (René Char).
    Porte-toi bien.
    Fred (ton vieux prof de guitare subversif qui t’a injecté le démon du jazz… hi, hi…)

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