Miles, Mingus & Monk

À chaque fois que je me rends à Paris, j’essaye de faire un détour par la librairie Shakespeare & Co. pour acheter un livre sur le jazz. J’ai pris l’habitude l’année dernière et ça pourrait bien devenir une tradition.

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Liberté, j’écris…

Ce petit article à vocation (presque) philosophique s’est écrit tout seul sous mes yeux ébahis après qu’on m’ait gentiment proposé de témoigner sur mon départ de Facebook. D’habitude, ça me prend bien six heures, sept brouillons et une théière remplie à ras bord. Je pense que ce n’est pas anodin : ce texte est probablement la réponse que j’attendais à une question que je ne m’étais pas encore posée. Jamais je ne prends autant plaisir à écrire que lorsque le sujet est justement l’écriture. Et jamais surprise n’est plus agréable que lorsque ce sujet fait soudain irruption dans un questionnement a priori complètement étranger et que je promenais jusque-là laborieusement d’articules en bafouilles, comme un grand vent d’ouest dispersant les dernières giboulées de mars.

On m’a proposé de témoigner sur ce fameux sujet des gens qui décident de quitter Facebook, or il y a déjà des quintillions d’articles sur le sujet et je viens à peine d’écrire un truc pas inoubliable qui en parle un petit peu. C’est au cœur de l’actualité, certains diront en raison d’un scandale mais il s’agit plutôt d’une vaste prise de conscience collective. Alors l’intérêt pour moi était de faire autre chose que la quintillio-unième redite qui vous serait tombée des mains au bout du deuxième paragraphe.

Je ne suis pas veilleur ou rédacteur Web. Je ne fais pas dans le panorama documenté. Ce n’est pas trop mon processus d’aller moissonner le cyberespace et de recracher une pluie de liens articulés par quelques phrases passe-partout dans un nombre optimisé de paragraphes sur lesquels j’aurais épinglé une brassée de mots-clés stratégiques pour projeter le tout en vitesse-lumière sur un nombre absurde de plateformes aux noms improbables. Je suis plutôt ni like, ni retweet. Je cultive la discrétion (certains diront l’obscurité) dans ma production numérique.

J’ai fait ce que le blog permet le mieux de faire. Je me suis mis à écrire.

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L’apparition

#JourSansE fête Perec, expert ès lettres et termes lestes. Je tente le tweet et… c’est l’échec. Bezef. Le désert ! Je me sens benêt. Vexé, je renverse le décret : enterrer le E ? Je préfère le célébrer. Tel est le legs de Perec : enchevêtré, effervescent et éternel ! Continuer la lecture L’apparition

Le blues du somnambule

Ré(d)action #5 : Nessun dorma!

Je réfléchissais aux sables mouvants qui engouffrent nos vies numériques quand j’ai vu passer un énième article dithyrambique sur le courage visionnaire d’un rat quittant le navire Facebook en dénonçant sa dérive après l’avoir bâti, mis à l’eau et entretenu son moteur pendant des années. Passablement énervé, j’ai écrit ces quelques lignes. Ce n’est pas juste une exaspération à évacuer : je pense avoir mis le doigt sur un truc. Mais ne me croyez pas sur parole, lisez donc. Continuer la lecture « Le blues du somnambule »

Bulle en tête

J’ai déterré par sérendipité une phrase merveilleuse quelque part sur le Web. Le 24 mars 2000, Bernard Pivot piège Dominique Rolin et Philippe Sollers sur le plateau de Bouillon de culture en révélant au public ce qui était connu dans tout le milieu littéraire, à savoir leur histoire d’amour secrète, une liaison magnifique que les deux avaient laissé plus ou moins discrètement transparaître dans leurs livres. Dominique Rolin (qui, précisons-le du fait de l’ambiguïté du prénom, est une femme) ne sait comment répondre mais Sollers garde son calme et prononce entre autres cette très belle phrase :

Il faut défendre la vie qu’on mène du moment qu’on est vivant.

Et bon sang, il a raison. Mais ça n’est pas toujours évident.

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Contraction du domaine de la lutte

Je pleure le vingtième siècle. Non pas que je le regrette mais il me semble que tout le monde autour de moi l’oublie, faute d’y avoir vécu (ou trop brièvement en tout cas).

Le XXe siècle est totalement banni – j’ai cette impression –, pour toute une génération de jeunes qui sont nés avec le numérique. Pour eux, le monde commence maintenant.

C’est Enki Bilal qui dit cela dans un entretien au Monde à l’occasion de la sortie de sa dernière bande dessinée, Bug (que j’ai commencée et que je trouve vraiment chouette). Il se trouve que j’ai dit ça aussi, presque mot pour mot et à plusieurs reprises, dans différentes conversations durant ces derniers mois. Et je me suis rendu compte que si nous sommes bien plus que deux à avoir cette impression, ce n’est pas vraiment le cas dans ma génération. Personne autour de moi ne s’en fait l’écho quand j’en parle. Mes parents, oui. Certains auteurs, oui. Des experts à la télé, oui. Mes potes ? Pas vraiment.

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Moteur à rédaction

Nouvelle vie, nouvelle ville, nouveau cycle d’écriture. Je l’inaugure par un texte écrit dans des circonstances inédites : une prise de notes devenue réflexion, réaction devenue rédaction, publiée le jour même. Et en y réfléchissant pendant la relecture, un concept marrant a pris forme, ce qui me pousse à créer une catégorie à part entière sur ce blog avec une petite explication. Je vous présente :

LE RÉ(D)ACTEUR

La thèse est une fusée aux multiples étages. Pour qu’elle décolle, il faut un réacteur. Attention, pas n’importe quel réacteur : un moteur à rédaction. Vous l’avez ?

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Qui m’aime m’écrive

Second changement d’adresse, le vrai cette fois-ci. Diplômé récidiviste, je quitte enfin Lyon (la Lyonnaise des eaux) pour travailler à Bordeaux (la Bordelaise des vins). Trois ans de thèse financée, écriture, édition et épistémologie ! Il faut célébrer ça, c’est donc l’occasion d’un vrai grand article humoristicolérique comme je les aime bien. Je n’ai pas écrit depuis un bon moment car, voyez-vous, j’étais plongé dans un véritable dilemme métaphysique sur la valeur de l’écriture. Enfin, disons plutôt que je récupérais suite à la rédaction de mon mémoire (désormais en ligne). Mais c’est bien de cela que l’on va parler aujourd’hui : ce que je pense de la valeur de l’écriture, en mettant au passage les discours en actes. En effet, écrire ces modestes billets me prend au moins cinq ou six heures à chaque fois, pour d’obscures raisons d’auto-congratulation perfectionniste. Or, le temps c’est de l’argent. Alors je profite de ce texte pour traiter d’un seul coup les questions du destin, de la raison d’être et du sens de la vie, avec moult tournures désuètes et un brin de provocation, histoire de rester léger. Vous l’avez compris, on va faire d’une pierre tant de coups que Tariq Ramadan risque de passer une tête hors de son bunker pour demander un moratoire sur la lapidation – profitez-en pour liquider ce cageot de tomates pas très fraîches qui se morfondent au fond de votre frigo et qui rêvent de servir de décorations d’Halloween tardives pour satrape hypocrite patenté et pas tentant.

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Changement d’adresse

Attention, c’est désormais à l’adresse arthurperret.fr que vous pourrez retrouver mon blog. Si vous ouvrez les nouveaux articles via l’email qui vous prévient de leur parution, vous ne vous en serez pas aperçus. En revanche si vous avez mis le blog en favori, pensez à changer le lien, car le domaine arthurperret.com n’est plus lié au blog. Pourquoi ce changement ? Tout simplement parce que c’est la première année que la personne qui possédait le domaine en .fr ne le renouvelle pas, ce qui m’a permis d’enfin l’acquérir ! Je fêterai ça lorsque j’aurai un peu de temps pour écrire autre chose que mon mémoire.

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On ne peut pas lire de tout

Vous souvenez-vous du mot merdias ? Non ? Auriez-vous déjà oublié ce charmant petit néologisme se substituant à médias, fleurissant au printemps la campagne électorale de ses doux accents réactionnaires ? Allez, les journalopes au service des merdias, vous n’avez pas pu oublier… En tout cas, moi je n’ai pas oublié. En partie parce que j’adore les néologismes – un jour, j’en ferai un florilège sur ce blog –, mais aussi parce que j’ai lu coup sur coup trois infos qui m’ont donné une furieuse envie de m’époumoner sur la merdiatisation du paysage informationnel français, ce qui aurait fait mauvais genre en plein trajet de métro, j’en conviens, d’où ce billet rédigé avec empressement et mauvaise humeur, dont je déconseille fortement la lecture aux éventuels propriétaires de journaux ou de chaînes de télé qui passeraient dans le coin, sous peine de subir quelques remontées acides.

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En mémoire

Pourquoi et pour qui écrit-on ? J’ai plaisanté une fois en disant que ce blog n’était là que pour faire rire ma mère, et c’est en partie vrai. Bon, j’écris pour faire rire et réfléchir n’importe quel lecteur, mais je n’ai pas pour autant défini d’objectif en termes de satisfaction humoristique ou de stimulation intellectuelle. À vrai dire, l’enjeu n’est pas là ; la véritable raison pour laquelle j’écris, c’est pour me relire des années plus tard. Je m’inscris, comme un autoportrait de mots qui ne dit pas son nom.

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